En général, je suis soit en avance, soit complètement en retard. Pile dans le temps, en revanche, c’est rare. Du coup, en ce moment, je suis en retard : je regarde La Casa de Papel ; après tout le monde. Largement après tout le monde. Ce n’est pas une course, me direz-vous. Certes. Et malgré quelques personnages réussis et une intrigue pas trop mal tenue quoiqu’à tiroirs, il n’y a vraiment pas de quoi courir pour cette série espagnole au succès mondial qui conte l’histoire d’un braquage atypique tout au long de ses 22 premiers épisodes. Espagnole, seulement, faut l’dire vite : j’ai rarement vu quelque chose qui représentait aussi mal son pays. Scénario, jeu, cadrages et montage, tout est ultra américanisé, au point qu’t’en r’viens pas et que tu te demandes s’il ne vaudrait pas mieux la regarder en anglais pour ne pas jurer avec l’esthétique globale. Pourtant, du cinéma espagnol, bien qu’assez peu répandu chez nous, on en a vu un peu et ça se reconnaît : une certaine excentricité, une emphase et une espèce de dureté dans la façon d’aborder les sujets, même dans les comédies, alliées à une sorte de vague à l’âme qui dure tout le long… Enfin ça se reconnaît, quoi, le cinéma espagnol. Le rock espagnol, en revanche, ça, aucune idée.

Tokyo Sex Destruction arrive au début des années 2000, charriant derrière lui un bordel composé de guitares électriques aiguisées, qu’elles soient à 4 ou 6 cordes, une batterie qui virevolte, un chanteur qui oscille entre du ronflant-rouflaquettes qui peut faire penser à un Elvis Las Vegas faux et des parties éructées version MC5 suralimenté (groupe dont ils se revendiquent absolument), et… un orgue. Et ça castagne élégamment dans la joie et le non respect des traditions, en voguant du punk au rock 60’s et en passant par le rhythm and blues sans aucun complexe. Ce n’est pas vraiment en place, ça ramène des cuivres ou des bongos quand ça en a besoin, ça cavale, le son est gras et l’interprétation extrêmement vivante et communicative. En gros, ça te fout la patate pour la journée, autant du fait de l’énergie pure qui est distillée tout du long que des mélodies généralement extrêmement accrocheuses et facilement imprimables, sans être simplistes.

5th Avenue South est le plus complet et le plus varié des 5 albums qu’aura sortis le groupe jusqu’en 2013. S’autorisant même quelques embardées semi-hippies à la Beatles version post retour d’Inde, il est un petit peu moins brut que son ainé, l’excellent Black Noise Is The New Sound, et plus excitant que Sagittarius, dernier en date, beaucoup plus classiquement 60’s. Un album et un groupe probablement arrivés trop tôt qui, malheureusement, en dehors d’un petit milieu de connaisseurs, sont passés plutôt inaperçus. Ce qui est d’autant plus regrettable qu’aujourd’hui, avec l’énième retour du son 60’s-70’s et un certain attrait pour les formations débridées, le quartet catalan aurait toute sa place. Et même plus.

LdG