Le climat social est tendu : la réforme des retraites est en cours et, par elle, le Gouvernement a bien l’intention de tailler dans le gras. Monsieur Jean-Paul Delevoye, rapporteur du projet de loi, et qui a décidé de cumuler les pensions liées à ses anciennes fonctions et ses nouveaux émoluments de délégué ministériel auprès de la Ministre de la Santé, a réussi à fabriquer un nouveau régime auquel personne ne comprend rien, et notamment grâce aux pirouettes constantes du Premier Ministre nous expliquant que p’t-êt’ ben qu’oui, p’t-êt’ ben qu’non. Ce qui, en revanche est à peu près sûr, c’est qu’il va falloir partir plus tard et/ou cotiser plus longtemps, que les régimes spéciaux regardent la mort dans les yeux et que la retraite par répartition, avec le nouveau système à points que souhaite Emmanuel Macron, vit manifestement ses derniers jours. Evidemment, les confédérations syndicales sont vent debout, à l’exception notable, évidemment, de la CFDT qui ne s’est jamais autant vue qualifiée de syndicat réformiste par l’ensemble des journalistes. Ne soyons pas timides, poussons encore un peu plus loin, voulez-vous, chers garants de la démocratie, poussons encore un peu plus loin.

Il est vrai que le souvenir des précédents mouvements, notamment contre la Loi Pénicaud assassinant la hiérarchie des normes et une jolie partie du Droit du Travail lui-même, n’invite pas au plus débridé des optimismes. Néanmoins, remarquons tout de même qu’il y a quelques jours, pour la première fois depuis 2007, la RATP a suffisamment réussi à mobiliser pour fermer les deux-tiers des lignes du métro parisien, et menace même d’un mouvement illimité dès le 5 décembre. Les professions libérales aussi, et parmi elles, les avocats, sont descendues dans la rue - un endroit qu’habituellement ces derniers ne fréquentent que très peu. Même les policiers appellent à une "marche de la colère", le 2 octobre ; c’est dire… Evidemment, l’exemple ne fait pas loi mais pourquoi se refuser les quelques ouvertures que nous offre l’actualité ? Les jeunes, eux, en revanche, ont l’air infiniment plus intéressés par le climat. Il faut dire que chez eux, la guerre idéologique a gagné de nombreuses batailles et, dans la tête de beaucoup, l’idée-même d’avoir droit à une retraite a rebroussé chemin depuis quelque temps déjà. Alors quand en plus à 15 ans on te dit que tu n’as peut-être pas tout l’avenir devant toi…

La question du moyen reste toujours la même : comment faire pour gagner ? L’idée de faire nombre et dans l’unité n’a jamais été aussi simple à invoquer, spécialement alors que l’on débat dans les hautes sphères d’un sujet qui touche strictement tout le monde. Mais manifestement, entre FO qui a refusé le défilé unitaire du 24 septembre et la CFDT qui négocie en solo, la perspective d’un front commun pourrait ne pas être aussi évidente qu’on pourrait l’imaginer. D’ailleurs, si on avait vraiment l’esprit mal placé, on pourrait presque croire que certains ne seraient pas si contre cette réforme que ça. Et quant aux artistes, toujours au plus près de l’actualité, on peut aisément les imaginer en train, et ce, de toute leur fervente âme, de composer des chansons engagées ou d’écrire des scénarios de documentaires sociaux à forte charge émotionnelle… chez eux.

Lucas de Geyter

Photo : Théo Boyadjian

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