L’ARTISTE, QUELLE RESPONSABILITÉ SOCIALE ?

Depuis deux siècles, l’artiste, souvent plus ou moins élégamment marginalisé, s’interroge sur sa place dans la société, son rôle, son utilité, sa légitimité. La société en fait tout autant, en estimant la valeur de l’artiste à l’aune de sa reconnaissance publique et financière, mais sans se dispenser d’états d’âme contradictoires, qui vont de la célébration de l’artiste maudit une fois qu’il est bien mort, au soupçon que toutes ces pratiques sont quand même futiles si on les compare à ce qui est véritablement nécessaire à la collectivité. C’est très joli, la poésie. Mais ce n’est pas tout à fait aussi indispensable que les produits du vrai travail. Et c’est ainsi que s’épanouit le malaise de l’artiste, qui ne sait plus trop s’il est superflu ou insuffisant, parasite ou incompris. Il peut alors décider de lutter contre la place qui lui est assignée, en choisissant de lutter contre le système qui la lui assigne. Soit en revendiquant sa singularité, soit en inscrivant sa démarche dans un combat collectif. Priorité à l’esthétique, ou priorité au politique ? Mais est-il possible de s’engager sans affaiblir son art ? Est-il possible que l’art ait une légitimité sociale pleinement reconnue par le peuple ? Il y eut quelques moments de grâce qui ont permis à un peuple et à ses artistes de contribuer d’un même mouvement à créer des réponses à ces questions. Ils furent brefs. Et d’une richesse diverse. Mais, de la jeune Russie soviétique au Front populaire en passant par le New Deal de F. D. Roosevelt, les pistes ouvertes permettent d’interroger nos normes, nos impasses, nos solitudes.

Evelyne Pieiller

photo : Théo Boyadjian

• 11 Janvier (L’IRMA - 22 rue Soleillet, 75020) - URSS, 1917-1924 : QUEL ART POUR LE PEUPLE ?

10h-17h : Alors que la victoire des bolcheviks signe l’entrée dans une nouvelle ère de valeurs, se pose la question du rôle de l’artiste dans ce qui doit être la création d’un nouvel imaginaire ? Institutions, commandes, écoles, éducation populaire contribuent à permettre la conjugaison de l’engagement révolutionnaire et de l’engagement formel, sur fonds de débats. Maïakovski, Meyerhold, Kandinski, la Fabrique de l’acteur excentrique… vont témoigner de cette vitalité sous tension. Avec Evelyne Pieiller, écrivain, journaliste, responsable culture au Monde diplomatique.

• 08 Février (Centre Wallonie-Bruxelles - 127-129 rue Saint-Martin, 75004) - LE FRONT POPULAIRE :

10h-13h : Comment activer la démocratisation de la culture et des arts ? Quels moyens de transmission de la culture et des pratiques, quel rôle peuvent jouer les politiques, les acteurs sociaux (notamment les syndicats), et les artistes mêmes ? Et surtout, quelle vision se déploie de ce à quoi a droit le travailleur ? Avec François Albera, professeur honoraire de l’université de Lausanne.
 Derniers livres parus, Le cinéma au défi des arts, Yellow Now, 2019 et Einstein et le constructivisme (nouvelle édition revue et augmentée), Mimésis, 2019 .

14h30-17h : L’Association des Ecrivains et Artistes Révolutionnaires (1932-1939) – Aragon, Capa, Crevel, Breton, Nizan, Charlotte Perriand… Des débats agités et magistraux, autour du romantisme révolutionnaire et du réalisme bourgeois. Avec E. P.

• 14 Mars (Cyclone le Studio - 16 rue Vulpian, 75013) - ET SI L’ARTISTE DEVENAIT UN SALARIÉ MENSUALISÉ ?

10h-13h : Fin de la prétendue « bohème », et de l’effective course aux commandes, bourses, achats de spectacles etc : l’artiste touche son salaire tous les mois. Mais à quelles conditions ? Et pour quelles obligations ? Quels changements ce statut entraîne-t-il dans la définition de son rôle social ? Avec Bernard Friot, sociologue et économiste, professeur émérite à l’université Paris-Nanterre, à l’origine de l’association Réseau salariat, qui popularise la notion de « salaire à vie ». Auteur notamment de Puissances du salariat, La Dispute, 2012.

14h30-17h : Le New Deal : sous la présidence de F. Delano Roosevelt, s’engage une politique destinée à lutter contre le désastre économique des années 1930, et qui va également engager plasticiens, praticiens du théâtre, musiciens etc, avec pour mission de servir la nation par leurs moyens spécifiques. Jackson Pollock, Mark Rothko, Diego Rivera, Orson Welles, etc., y contribuèrent. Avec E. P.

• 04 Avril (Centre Wallonie-Bruxelles - 127-129 rue Saint-Martin, 75004) - QU’EST-CE QUE L’ART ENGAGÉ ?

10h-13h : La réponse semble simple : ce n’est pas « l’art pour l’art », mais le choix d’une cause à défendre. Reste à savoir s’il suffit de recourir à un thème politique ou sociétal, de s’appuyer sur la « vérité » documentaire, de privilégier le réalisme, de faire passer un message, pour qu’une œuvre ouvre à l’inquiétude face à l’ordre en place. Quelle est la portée critique de l’art militant ? Par quelles voies peut-on bousculer la perception dominante du monde ? De 10h à 13h avec Olivier Neveux, professeur d’histoire et d’esthétique du théâtre à l’Ecole Normale Supérieure (Lyon).
Dernier livre paru : Contre le théâtre politique, La Fabrique, 2019.

14h30 à 17h : Parcours des grands textes et manifestes - de Victor Hugo aux surréalistes et à Brecht, en passant par Baudelaire et Jdanov. Avec E. P.

• 30 Mai (1 avenue Stephen Pichon, 75013) - LES RAPPORTS DE L’AVANT-GARDE ET DE LA POLITIQUE : NAISSANCE DE L’AVANT-GARDE ; DE L’ESTHÉTISME À L’INSCRIPTION DANS LE COLLECTIF :

10h-13h : Toutes deux décidées à transformer le monde, se sont-elles souvent alliées ? Les avant-gardes politiques ont-elles accueilli les artistes, et comment ? Avec Laurent Jeanpierre, Professeur de science politique à l’université Paris VIII et auteur, notamment, de « La vie intellectuelle en France » (avec Christophe Charle - Le Seuil, 2016) et « In Girum : Les leçons politiques des ronds-points » (La Découverte, 2019).

14h30-17h : Réactionnaires ou progressistes ? Les anti-modernes, de Bloy à Houellebecq. Avec E. P.

• 27 Juin (L’IRMA - 22 rue Soleillet, 75020) - L’ÉTABLISSEMENT DES NORMES DE L’EXCELLENCE EN ART :

10h-13h : Comment s’établissent les normes du goût ? Qu’est-ce qui définit le « grand art » ? Quelles sont les canaux de sa légitimation ? Avec Carole Talon-Hugon, professeur de philosophie Université de Nice Sophia-Antipolis. Dernier ouvrage paru : L’art sous contrôle, PUF, 2019.

14h30-17h : De la cave au musée ; évolution de la perception du rock. Avec E. P.

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