Parfois, c’est dur d’écrire sur un disque. Des fois, ça coule tout seul, t’as plein d’trucs à dire, plein de détails à décortiquer ; tu fais l’article, tu fais la r’tape, tu montres à quel point tu t’y connais, à quel point t’es dans l’coup, à défaut d’être en avance. Mais des fois c’est dur d’écrire sur un disque. Et puis, comme ici, quand t’es entièrement libre de choisir celui dont tu vas causer, c’est pire : faut trouver l’disque que t’as envie de réécouter et qu’t’as envie d’faire écouter. C’est dur la liberté.

Pour Alec Ounsworth, chanteur et tête pensante de Clap Your Hands Say Yeah, la liberté, c’est l’vecteur principal. Et d’ailleurs, c’est c’qui s’confirme quand on entend sa voix qui déraille de partout, qui a l’air fausse tout l’temps sans jamais l’être, ses envolées lyriques de chien à moitié écrasé et ces chansons qu’on pourrait prendre pour des perles doucereuses si elle n’étaient pas largement enrobées de cette force qui dézingue tout ce qu’on se croit en droit d’attendre de la pop américaine, de ce contrôle du « jt’emmerde », jamais trop ni pas assez, avec ces chœurs aériens, cette distorsion générale qui te fait croire que le disque est foutu, ces guitares acoustiques qui te rappelle la folk de base, ce piano à peine accordé, cette batterie qui joue plutôt dans la cour du tambour que du boum-tchac d’ACDC, ce tambourin qui se la joue fée Clochette et cette basse bien ronde qui plante les clous sans jamais alourdir les reverbs qui courent de partout autour des guitares électriques planantes tout au long de ces quatre premières chansons qui se payent même le luxe d’aller d’un point A à B sans passer par la case refrain avant de déboucher sur le tube semi-disco « Satan Said Dance » qui fait légèrement rentrer quelques effets électroniques. Et toujours cette putain d’voix qui tient tout et qui t’emmène dans des sphères qu’même pas en rêve t’aurais cru pouvoir approcher un jour. Et alors là, pour un refrain, c’est un refrain : dans l’genre qui met des plombes à décoller et qui te garde haletant alors que l’orgue Hammond continue de traîner dans l’coin. Et cette grosse caisse qui ne part pas. Et ce refrain qui ne décolle toujours pas. Et t’approches de la fin de la chanson et ça monte sans monter, encore et encore et… tiens la chanson est finie. Une transe. Une transe calme. Et pour faire redescendre tout ça, un interlude à l’accordéon avec une batterie derrière. Et on enchaîne.

Mais moi, je vais m’arrêter là. Parce que c’est dur d’écrire sur un disque. C’est dur de décrire la joie absolue que vous offre ce genre d’objet non identifié à la mélancolie inhérente qui bat en brèche à chaque instant. Parce que c’est ça, fondamentalement Clap Your Hands Say Yeah : un accès vers l’infini de votre grandeur, un moment de grâce qu’il n’appartient qu’à vous de saisir… ou pas. C’est dur, la liberté.

LdG